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Chroniques d’une reconversion

Je le dis tout net : je ne connais pas Catherine Bernard, mais je l’apprécie déjà beaucoup. Le temps de goûter ses vins viendra bien vite ; pour l’instant, j’en suis à déguster son livre. Et à chaque page (il y en a 240 !), on plonge avec délectation dans le monde – pas si rose (ou pas si blanc ou rouge en fonction de vos goûts) – d’une jeune vigneronne qui apprend le métier, outils en mains, sur ses quelques hectares de vignes plantés du côté de Montpellier.

Dire que la lecture est jubilatoire n’est pas excessif, tant l’humour et la légèreté des propos ne nuisent jamais à la précision des descriptions et à la critique – parfois féroce – d’un monde où être une femme et étrangère (à la terre) est aussi inconvenant pour les autochtones qu’un martien sur un tracteur fluorescent !

Journaliste dans “une autre vie” (quelle belle expression !), Catherine Bernard nous propose de découvrir son histoire, son appropriation d’un savoir-faire qui n’existe que par l’expérience (la théorie apprise au CFPPA se révèle d’une criante inutilité) et, avec une justesse touchante, ses émotions quotidiennes savamment découpées en chapitres courts et intenses. De la découverte que “contrairement à ce que le vendeur (lui) avait affirmé et à ce qui était inscrit au casier viticole, le grenache n’était pas du grenache, mais du marselan, un cépage clandestin” jusqu’à l’envoi de ses premières bouteilles à l’export (au Japon !), le lecteur rencontre Monsieur Pappalardo, s’énerve contre l’œnologue qui fait la sourde oreille et l’hégémonie du Roundup (horreur !), s’amuse des histoires autour du “nom du vin” et s’émeut de tous ces petits détails décrits à la perfection et qui font, à la fin d’un long processus, le vin. Divin nectar.

Si son vin laisse passer autant d’émotions que son livre, alors je me dis que j’ai bien fait de le lire avant de boire. Car ce bouquin se lit cul sec. Et on en redemande !

La première phrase du livre
“Un matin du mois de février 2005, je ne sais plus lequel précisément et, bizarrement, je n’ai pas noté la date, j’ai enfilé un treillis, un gros pull, un anorak, des chaussures montantes, une casquette de chasseur ultra-moche mais très chaude avec des oreillettes en fourrure synthétique, une paire de gants en cuir achetée exprès, et je suis montée dans ma voiture, à l’époque une Ford Ka blanche, pas du tout adaptée à ce que j’allais faire.”

La 4e de couverture
En janvier 2005 Catherine Bernard, quarante ans, journaliste originaire de l’Ouest de la France, achète trois hectares d’une parcelle dans les coteaux du Languedoc et s’installe comme vigneronne. Elle commence une autre vie, une nouvelle vie. Ce livre est le récit de son installation dans une région viticole bien particulière, le Languedoc, transformée dans les années 1960 par l’installation des pieds-noirs et où l’on arrache aujourd’hui les vignes avec les primes de l’Europe. La première leçon que Catherine prend de la terre : accepter qu’elle ne sait pas, admettre que ce qu’elle a appris pendant son année au CFPPA est au mieux un cadre. Elle entre dans la force des choses. Dans ce livre, elle raconte avec humour son installation, la conversion en bio de ses vignes et la naissance de ses premiers vins. Elle fait aussi un portrait sans concession de la viticulture aujourd’hui, entre l’éden des petits chimistes et le graal des œnologues.

Bernard Catherine, Dans les vignes, chroniques d’une reconversion, Éditions du Rouergue, 2011, 240 p.


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 7, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

 

 

 

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