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L’œnotourisme, un atout pour l’Europe

L’œnotourisme met en présence plusieurs mondes, celui du vin bien sûr, mais également celui de la culture, du tourisme et de la restauration. Tout est donc question de synergie, ce qui est fort complexe à mettre en œuvre. À savoir comment faire un tourisme meilleur grâce au vin et comment valoriser un pays et son activité grâce au tourisme ?

Modérateur :
Hervé Hannin, directeur de l’institut des hautes études de la vigne et du vin, [HH]
Intervenants :
Sophie Lignon-Darmaillac, professeur de géographie à l’université de Paris-Sorbonne, [SL-D]
Anne-Sophie Lerouge, responsable de la communication et du vinotourisme, [A-SL]
Daniel-Etienne Defaix, vigneron restaurateur, [D-ED]
Robert Touchet, vice-président des Cuisineries Gourmandes et restaurateur, [RT]
Jean-Max Manceau Vigneron, président du syndicat d’appellation AOC/AOP, [J-MM]

Sans doute des conditions doivent en tout premier lieu être réunies pour réussir à développer l’œnotourisme. En tout premier lieu il faut des hommes avec des projets individuels, ensuite des politiques générales pertinentes initiées au bon moment, pour s’articuler avec ces initiatives et les rendre possibles, comme peuvent le montrer des exemples internationaux [HH]. Car si l’on connaît aujourd’hui de nombreuses expériences dans le domaine, en Afrique du Sud, ou même au Québec ou dans les Andes, la première Route des vins est allemande. Ensuite, le Piémont a monté la première Route, à l’échelle d’une région, suivie d’autres dans toute l’Italie, suivant une charte, réglementation, fléchage, etc. harmonisés. En Espagne également, jusqu’au développement récent avec des caves ultra-modernes conçues par de grands architectes contemporains, qui deviennent objet de visite en soi. En France, l’ancêtre est la Route des grands crus de Bourgogne qui captait les voyageurs de la Nationale 7, pour ensuite pratiquer la vente sur place. Vingt ans plus tard, dans un contexte économique de crise, la Route des vins d’Alsace voit un peu plus de la moitié des professionnels s’ouvrir à la visite, organiser une signalétique et surtout décliner une offre diversifiée autour. On ne compte plus les initiatives nées depuis : vin jaune du Jura, Cognac, Médoc, et même routes portées par des guides. Au bout du compte il s’agit d’autant d’opportunités de découvrir la culture du vin, plus que le vin lui-même. L’Europe est un atout pour l’œnotourisme, ce dernier a seulement besoin de se structurer davantage [SL-D]. L’appellation elle-même n’est d’ailleurs pas tout à fait arrêtée. Certains parlent en effet de “vinotourisme”, ce qui peut paraître quelque peu technique et froid. La dimension de voyage, de découverte culturelle n’est pas évidente à faire passer en un seul mot [A-SL]. Car effectivement, une véritable synergie doit s’opérer pour qu’une opération de ce genre fonctionne : l’œnotourisme est au cœur d’un processus complexe, et en même temps il doit se rendre accessible. Il doit éviter de reproduire le schéma des œnologues et sommeliers qui ont complexé des générations de consommateurs [HH]. Les restaurateurs sont partie prenante de cette synergie, dans le sens du partage. Il doit vraiment y avoir une association de compétences entre vignerons, viticulteurs, restaurateurs et artisans des métiers de bouche. Il importe que tous s’associent pour être en mesure de proposer une meilleure offre aux touristes, même s’il n’est pas toujours facile de travailler ensemble [RT]. D’autant plus que le tourisme moderne réclame une offre globale. Cela va des moyens de circulation émanant des politiques, à l’accueil qui lui relève de chacun des protagonistes, jusqu’à l’attention portée à chacun en fonction de ses habitudes et spécificités culturelles. Le tout sans rien renier de son terroir ! Ce qui est complexe. Dans ce cadre, une expérience familiale est cruciale, car elle permet d’avoir des bases solides. Ensuite, il faut se construire personnellement par dessus cela, innover, prendre des risques et oser. Ainsi, à Chablis, avant les années 80 il n’y avait pas de vins de garde, ni de caveaux de vignerons. Après une première initiative, ils se sont multipliés. De même, les lieux d’accueil étaient inexistants, jusqu’à la création d’une hôtellerie de luxe puis de restaurants. Cela est possible grâce à des initiatives individuelles, mais ensuite le relais doit être pris collectivement, petit à petit mais sûrement. Ce qui bien entendu suppose des investissements en conséquence, et des banques qui jouent le jeu. La globalité de l’oenotourisme se situe à ce niveau également [D-ED]. Du point de vue des restaurateurs, une association comme Cuisinerie Gourmande va dans ce sens, et veille à certifier des établissements qui travaillent des produits frais, plutôt du terroir, avec un menu gustatif pour les enfants, etc. Elle s’inscrit dans une démarche de valorisation du terroir, de la proximité et du savoir-faire de l’homme [RT]. Du côté des vignerons, l’exemple de Chinon est significatif de la nécessité à s’organiser qu’ont connue certaines appellations trop peu audacieuses. La vinification a dû progresser, le vigneron a dû se faire aussi commerçant et la spécificité locale a dû être valorisée. En l’occurrence la relation avec les restaurateurs a toujours été harmonieuse [J-MM]. Pourtant dans cette belle synergie, on remarque bien souvent le manque de respect qui caractérise les relations entre restaurateurs et vignerons. Des coefficients très élevés – voire excessifs – sont ainsi pratiqués par nombre de restaurateurs [D-ED]. Ou en sens inverse, des vignerons s’improvisent cuisiniers au fond de leur cave [RT]. Au final, ces abus sont symptomatiques des dérives que peuvent engendrer des situations aussi complexes – notamment lorsqu’elles bénéficient d’un effet de mode.


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 5, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

 

 

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