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Contre-Poisons

Il est peu de maladies qui réclament d’aussi prompts secours que l’empoisonnement, et dont le traitement exige des connaissances aussi précises. On ne doit considérer comme étant véritablement des contrepoisons que les ingrédients qui jouissent de la propriété de neutraliser l’effet des substances vénéneuses en se combinant avec elles afin de les dénaturer en les décomposant. Les principaux contre-poisons sont le blanc d’œuf, le lait, la décoction de quinquina, les acides végétaux suffisamment étendus, les dissolutions de sel commun, l’emploi de la magnésie, celui du savon et finalement l’administration de plusieurs substances gommeuses ou résineuses.

Dans tous les accidents qui peuvent résulter du poison, il faut distinguer deux périodes : dans la première, le poison vient d’être avalé et n’a encore agi que localement ; dans la seconde, il a été absorbé de manière à déterminer par ses effets une maladie générale. L’emploi des alexipharmaques ou contre-poisons n’a réellement d’utilité que dans la première période ; car, dans la seconde, c’est une maladie générale que la faculté doit avoir à traiter.

Le premier soin dont il faut s’acquitter aussitôt qu’on a remarqué les symptômes d’un empoisonnement, c’est de faire vomir le malade, afin d’expulser de l’estomac la portion de poison qui peut s’y trouver encore. Il est bon de n’employer que les vomitifs les plus doux, tels que l’ipécacuanha, l’eau tiède, ou même la simple titillation de la luette au moyen d’une plume flexible et trempée dans l’huile, afin de ne pas augmenter l’irritation que la substance vénéneuse aura déterminée dans les voies respiratoires et dans l’estomac.

Les substances qui le plus souvent déterminent les accidents de l’empoisonnement sont le cuivre, l’étain, le plomb et les champignons vénéneux.

Dans l’empoisonnement produit par le vert-de-gris (acétate de cuivre), qui résulte ordinairement de l’ingestion d’aliments cuits dans des vases de cuivre mal étamés, surtout lorsque des acides se seront trouvés en contact avec eux, on commencera par donner au malade de quinze à dix-huit grains de poudre d’ipécacuanha dans un demi-verre d’eau tiède. Si la totalité des aliments empoisonnés ne pouvait pas être rejeté, ce qui arrive le plus souvent, on administrerait successivement une certaine quantité d’eau dans laquelle on délaierait un ou plusieurs blancs d’œufs.

Si les accidents provenaient de l’étain, après avoir suivi la même marche, il faudrait faire boire au malade plusieurs tasses de lait pur, attendu que ce liquide agit de deux manières, en décomposant le sel d’étain qui produit l’empoisonnement, et en calmant l’inflammation locale qui en résulte.

Dans l’empoisonnement par les préparations de plomb, qui se trouvent souvent dans les vins frelatés, ainsi que dans les accidents qui peuvent résulter des manipulations sur les mêmes substances dans certaines professions, on fera boire de l’eau acidulée avec l’acide sulfurique (eau-forte), à la dose d’une cuillerée à café pour une pinte d’eau, ou mieux : une demi-once de sel de glauber dans un verre d’eau, et plus tard un purgatif doux, suivant les indications qui résulteront des accidents et du tempérament du malade. D’où il résulte que nous conseillons de se précautionner et de s’approvisionner de sel de glauber, lorsqu’on doit habiter la campagne.

Il n’existe pas, à proprement parler, de contre-poison pour les champignons vénéneux ; on commencera, bien entendu, par administrer un vomitif. Puis on donnera des purgatifs doux : l’huile de ricin (1 once), la manne (2 onces), des lavements avec la casse (2 onces), sulfate de soude ou de magnésie (1/2 once) ; et même la décoction de tabac (1 once par deux livres d’eau). On pourra donner quelques cuillerées d’une potion éthérée ; avec l’eau de fleurs d’oranger. Il faudra soigneusement observer les accidents qui pourront survenir, afin d’en rendre compte avec une exactitude parfaite ; dans ce dernier cas du reste, ainsi que dans la plupart des empoisonnements, on devra insister sur la diète et l’usage des boissons adoucissantes, telles que les décoctions d’orge, de gruau et de fleurs de mauve, jusqu’à l’arrivée du médecin.

Ce mot est extrait du Dictionnaire général de la cuisine française ancienne et moderne ainsi que de l’office et de la pharmacie domestique, 2e édition, Plon frères, 1853.


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 4, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

 

 

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