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Toast

« Dans un dîner d’Anglais (c’est toujours dans les dîners d’Anglais qu’on voit ces choses-là),
on porta, selon l’usage, la santé des dames. Milord B…, bien connu pour sa galanterie, dit :
“Messieurs, je bois au beau sexe des deux hémisphères.
Et moi, répondit le marquis de la V…., plus réaliste que son ami,
je bois aux deux hémisphères du beau sexe.”

Toast. C’est la Révolution qui a établi en France l’usage des toasts. Cette dénomination nous vient des Anglais, qui, pour porter la santé de quelqu’un, mettent dans chaque pot de bière une rôtie de pain, qui s’écrit toast et qui se prononce toste. Le toast ou rôtie reste à celui qui boit le fond du vase.

Un jour qu’Anne Boleyn, la plus belle femme qui existât alors en Angleterre, prenait un bain entourée des seigneurs de sa suite (elle était de mœurs faciles), ces gentilshommes, pour lui faire leur cour, prirent chacun un verre et puisèrent dans sa baignoire de l’eau, qu’ils burent. Un seul s’abstint de suivre cet exemple, et quand on lui demanda pourquoi il ne faisait pas comme les autres : “C’est, répondit-il, que je me réserve le toast.” Pour un Anglais, c’était assez gracieux.

Un autre toast célèbre, qui peut venir à la suite du précédent : le Comte de Stair, lorsqu’il était ambassadeur d’Angleterre en Hollande, donnait souvent des fêtes brillantes auxquelles il invitait tous les autres ministres étrangers qui, de leur côté, l’invitaient aussi à leurs dîners diplomatiques.

Un jour qu’ils se trouvaient tous rassemblés chez l’ambassadeur de France, celui-ci, faisant allusion à la devise de Louis XIV, porta la santé du soleil levant ; tout le monde lui fit raison. L’ambassadeur de l’impératrice reine but ensuite à la lune et aux étoiles fixes, faisant allusion aux diverses principautés d’Allemagne. On se demandait comment le comte de Stair, qui restait seul, allait porter la santé de son maître pour égaler au moins ses deux collègues. Alors il se lève gravement, et, présentant son verre : “A Josué, dit-il, qui arrêta le soleil, la lune et les étoiles.” Pas mal, mais assez prétentieux, qu’en dites-vous ? Encore un petit toast et un bon mot pour finir : dans un dîner d’Anglais (c’est toujours dans les dîners d’Anglais qu’on voit ces choses-là), on porta, selon l’usage, la santé des dames. Milord B…, bien connu pour sa galanterie, dit : “Messieurs, je bois au beau sexe des deux hémisphères. Et moi, répondit le marquis de la V…., plus réaliste que son ami, je bois aux deux hémisphères du beau sexe.”

Mot extrait du Grand Dictionnaire de Cuisine d’Alexandre Dumas, Éditions Menu Fretin – Format : 170 x 240 mm – 544 pages – ISBN : 978-2-917008-04-1 – Prix public  TTC : 19,90 €


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 5, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

 

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