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The curiosities of food : De gustibus non disputandum

Né en 1814 dans une famille pauvre de Aarhus au Danemark, Peter Lund Simmonds aura connu une destinée hors du commun. À 12 ans, il quitte les rivages danois, en choisissant de s’enrôler comme cadet sur un brick militaire à bord duquel officie son père adoptif britannique. À 17 ans, il fait l’acquisition d’une plantation à la Jamaïque. À 20 ans, il décide de poser définitivement armes et bagages pour s’installer dans une coquette maison londonienne et y entreprendre une longue (63 ans !) et très prolifique carrière de journaliste scientifique.

Dès lors, il voyagera essentiellement en chambre et, lecteur pantagruélique, n’aura de cesse que d’abreuver ses contemporains de miscellanées roboratives, sérendipieusement extraites des innombrables récits de voyages. De son œuvre abondante, seuls subsistent quelques titres toujours édités : des essais sur le houblon, le café, la chicorée et des compilations de ses articles parus dans The Technologist et The Colonial Magazine. Au milieu de ces doctes ouvrages, un titre émerge, auréolé d’une reconnaissance tardive mais – enthousiasmons-nous – hautement justifiée. Car Curiosities of food est simplement la première anthologie d’ethnologie gastronome. Déterrée par le regretté Alan Davidson, cette compilation des aliments qui volent, galopent, grouillent ou rampent à la surface du monde a été rééditée au Canada il y a une dizaine d’années par Ten Speed Press pour la plus grande joie des lecteurs curieux.

En 372 petites pages bien tassées, Lund Simmonds compose une assiette anglaise des plus détonantes : cœurs de pingouins, langues de flamands roses, pieds d’éléphants, œufs d’iguanes, crotale frit… Pour présenter ses trouvailles, il choisit un classement rigoureux et passe en revue tout ce qui se mange dans chaque famille du règne animal, des insectes lilliputiens aux plus colossaux mammifères marins. Ce faisant, il se livre à de savoureux rapprochements intercontinentaux où l’on apprend, par exemple, que l’hippophagie était tout sauf une exception française ou encore que l’holothurie figurait à la même époque sur la table des nobles chinois comme sur celle des pêcheurs napolitains miséreux. Du haut de ses 150 ans, Curiosities of food demeure un livre parfaitement d’actualité et, cerise sur le gâteau (ou sauterelle sur le flan de lombrics), d’une réelle portée divertissante. Tournant le dos aux effarouchements dégoûtés, Lund Simmonds opte pour une neutralité souvent amusée, reconnaissant volontiers que son Royaume d’adoption n’a de leçon à donner à personne en matière d’orthodoxie alimentaire. Tout au plus s’interroge-t-il de temps à autre sur les motivations humaines : “le premier homme qui a mangé une huître ou une palourde devait, certes, être doté d’un solide penchant pour l’aventure… mais que dire de celui qui a permis à un lézard vivant de visiter le fond de sa gorge ?” Richement documenté, ce cabinet de curiosités gustatives alterne informations ultra-détaillées et anecdotes aussi délectables qu’instructives. “Je ne suis pas sûr que les spécialités locales ici présentées auront fait saliver d’envie les lecteurs, écrit Lund Simmonds en conclusion, et j’espère n’avoir coupé l’appétit de personne.” Qu’il se rassure, 150 ans plus tard, sa soif pour les saveurs nouvelles est restée des plus contagieuse…


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 3, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

CouvCahiersGastro3

 

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