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Pour une cité idéale de la gastronomie

“Il n’existe pas en France, patrie de la cuisine, des vins et des arts de la table, de véritable musée ou conservatoire qui réunisse les trésors de notre patrimoine (Un musée n’est pas une nécropole). Il faut une institution vivante, un lieu de rencontre et d’animation, s’inspirant plutôt du Centre Pompidou que du Muséum d’Histoire Naturelle.”

Aujourd’hui, le Centre Pompidou en s’exportant à Metz écrit une nouvelle page de la décentralisation culturelle tandis que la Grande galerie de l’évolution façonne le succès populaire du Muséum d’histoire naturelle.

Mais quid de l’institution vivante qui doit réunir les trésors de notre patrimoine gastronomique ? Qu’est-il advenu de l’audacieuse recommandation énoncée par Jean Ferniot dans son rapport sur “la promotion des arts culinaires” que lui avaient commandé les ministres de la Culture et de l’Agriculture de l’époque ?

Un quart de siècle plus tard, les mesures proposées par l’ancien journaliste sont – malheureusement – toujours d’actualité. Il faut relire les pages dactylographiées d’un rapport qui encourageait notamment la réalisation des inventaires régionaux du patrimoine culinaire de la France, la conception d’une école nationale des arts culinaires dont l’Institut Paul Bocuse s’inspirera avec brio, et qui dans une certaine mesure favorisa l’éclosion de la journée du goût (désormais rebaptisée semaine)…

La Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires qui porte le dossier de candidature visant à faire inscrire par l’Unesco des éléments de notre gastronomie au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, s’est inspiré des propositions du rapport Ferniot et a retenu le projet de création d’une Cité de la gastronomie parmi les mesures phares du plan de gestion. La gastronomie, entendue comme “l’art du bien manger et du bien boire”, est non seulement un élément essentiel de la culture et du patrimoine de notre pays mais elle représente un atout indéniable qu’il convient de faire fructifier, de mieux mettre en valeur et d’en assurer la transmission aux générations futures. La France a su bâtir des établissements culturels de premier ordre et offrir des lieux d’exposition, de recherche, de connaissance, de conservation et de rencontres dignes de l’attention que portent les décideurs culturels aux arts ainsi célébrés ; cité de la musique, de la danse, de l’architecture, des sciences, du design, centre national de la photographie, musée des arts premiers-quai Branly, …. Il est probablement temps que notre pays se dote d’un établissement culturel innovant et entièrement dédié aux cultures culinaires de France et du monde. La Cité de la gastronomie à laquelle nous travaillons est envisagée comme un lieu vivant où seront abolies les frontières entre culture savante et traditions populaires. Un établissement innovant qui assumera pleinement des vocations multiples en direction du plus grand nombre : espaces didactiques de découverte et de dégustation, centre de ressources, de formation et d’orientation (notamment aux métiers de bouche), pôle économique et touristique respectueux des enjeux du développement durable, vitrine de l’excellence et de la diversité des productions et des savoir-faire, lieu d’effervescence favorisant la compréhension mutuelle par la mise en valeur de la diversité des pratiques alimentaires, organisation par des “brigades amateurs” de repas ou banquets, espace d’exposition et de dialogue de l’art culinaire avec les différentes expériences culturelles et artistiques (littérature, cinéma, arts plastiques, musique, théâtre…), laboratoire de création et d’innovation culinaire, bibliothèque publique réunissant les grands classiques de la littérature gourmande, création de la halle des “trésors gastronomiques du monde”, apprentissage et cours de dégustation au sein de l’œnothèque, implantation d’un jardin potager, accueil de chefs et de sommeliers en résidence qui, à l’instar des pensionnaires de la villa Médicis, seront chargés de créer “un chef-d’œuvre”, des ateliers de formation (Masterclass animés par des chefs, cours de cuisine pour adultes, ateliers d’éducation sensorielle pour les enfants), … Une cité idéale à inventer au plus vite qui, en s’inspirant des multiples initiatives foisonnantes en France et dans le monde, partira à la reconquête de publics curieux, amateurs de cet élément trop longtemps négligé de la culture qui reste à l’évidence éminemment populaire et universelle.

Tergiverser un nouveau quart de siècle serait sans aucun doute fatal…

Notes
1 – les volumes des inventaires dits du CNAC sont publiés par les éditions Albin Michel. À noter en cours de réalisation l’inventaire de la région Centre.
2 – Pour en savoir plus : http://mf-pca.fr/blog/

On ne résiste pas à l’invitation de la revue Hommes & Migrations qui, dans sa dernière livraison habilement intitulée “cuisines et dépendances”, propose un très riche dossier consacré aux migrations culinaires. Témoignages, études et enquêtes de terrain permettent de mieux appréhender des processus qui contribuent souvent à l’enrichissement des patrimoines gastronomiques nationaux.
“Cuisines et dépendances – A la table des migrants” revue Hommes & Migrations n°1283, janvier-février 2010. 10 euros

 

 

 

 

 

 


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 3, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

CouvCahiersGastro3

 

 

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