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Joseph Delteil : La cuisine paléolithique

Est-ce vraiment un livre de cuisine ? bien plus : le bréviaire d’un prophète de la vie simple, avant l’écologie, la décroissance, et les circuits courts.

C’est en 1937, que Joseph Delteil se retire à la Tuilerie de Massane, à côté de Montpellier. Se retirant de la vie parisienne, où il fréquenta les surréalistes, Joseph Delteil et Caroline sa compagne, retournent aux sources sincères de l’auteur, paysannes et occitanes.

Cette Cuisine Paléolithique, éditée en 1990, devrait être une balise, pour toute bibliothèque culinaire actuelle. Car c’est un livre pour jeune fille, fine et vive. L’écriture de Joseph Delteil est comme un rire léger et frais, elle donne à vivre. Il va à l’essentiel, “Il n’y aura ici que 14 recettes, juste pour une semaine, mais toutes les semaines du monde se ressemblent, et voilà notre bréviaire pour toute votre vie” (p. 19).

Il touche, par son regard sur la cuisine, à des notions bien plus fortes que ne soupçonnent pas, voire ignorent, la plupart des gros livres prétentieux, accumulateurs de recettes. Sa sensibilité poétique fait qu’il n’y aura guère ici que “des termes génériques et de simples détails”, les structures des plats et de quoi nourrir les variantes. Cette cuisine paléolithique est sans doute l’un des seuls livres de cuisine donnant à sentir de ces gestes essentiels en cuisine, d’aucune importance en apparence, et pourtant indispensables à la réussite. Page 62, la paella devient ainsi évidente, “de temps en temps la cuisinière, si elle est valencienne, passe rapidement la main sur le plat, en rond, et se la flaire ; au flair, elle sent si ça va ou si ça attrape. Qui n’a pas vu ce geste ne saurait l’imaginer”. Joseph Delteil devient ethnographe, réunissant le sensible et l’intelligible culinaire. Car “comment parler cuisine sans un style vif, le style du loup embobinant le Petit Chaperon Rouge, le style de la sève vers le 21 mars” (p. 20). Et pourtant, pour Joseph Delteil “l’alimentation n’est que la respiration de l’estomac, une fonction, un jeu. D’où le fait que la nourriture a double fonction, elle répond au rêve de notre âme comme à l’appétit de nos entrailles” (p. 18).

De jour en jour, de plats en plats, il nous offre un corpus moderne de ce que pourrait être la cuisine, à “croquer à pleines lèvres, sans vergogne, je veux dire sans peur et sans reproche, comme au Paradis terrestre” (p. 77).

Nous sommes bien loin, des bavardages pseudo-philosophiques fait d’illusoires références, que bien des auteurs et des parleurs se croient obligés de se parer pour donner de l’importance à leurs propos et surtout à la cuisine qui ne demande qu’à être “brute, comme il y a l’art brut” (p. 19).

Cette cuisine paléolithique, ne demande qu’à être lue d’une traite, comme un verre de vin pimpant une après-midi d’été. Sans se poser de questions, comme un baiser tout chaud. Et puis y revenir du bout des lèvres, pour bien goûter sa poésie et son savoir, et aller jusqu’à lire à haute voix. En particulier ce passage sur le samedi à dîner, il y a tout : la chronologie et les symboles, “frotter éperdument d’ail jusqu’à éblouissement”.

Le livre est court, mais riche, lisez-le, car il bon, comme un plat qui n’est “bon, que si on s’en mange les doigts”.

Joseph Delteil, La cuisine Paléolithique, Arléa/presses du Languedoc éd., 1990.

A voir également, la biographie très bien documentée de Joseph Delteil : http://josephdelteil.net/biographie.htm


Cet article est extrait du Cahier de la gastronomie n° 2, à retrouver sur la boutique Menu Fretin !

 

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